Premier étonnement au réveil : aucune fatigue ni effet secondaire dû au décalage horaire. J’ai juste la pêche, debout en 2 minutes.
Cette matinée est l’occasion de faire un peu mieux connaissance avec ma famille d’accueil. Pour commencer, la mère vient discuter un peu avec moi. Comme elle a entendu dire que je parle japonais, elle se lâche et entame une conversation en bon gros patois du Kansai (Kansai : région à l’ouest de Tôkyô, incluant entre autres Osaka). Comme je comprends à peine la moitié de ce qu’elle me dit, sa fille me fait les sous-titres en japonais standard.
Je rencontre ensuite le fils, qui est (si j’ai bien compris) concepteur d’éclairages artistiques. On discute un brin. Visiblement, derrière son sourire, il a hâte de s’en aller très loin, alors je le retiens pas trop…
Un peu plus tard, je tombe nez-à-nez avec la fille, qui semble un peu déroutée en me voyant, comme si j’apparaissais braguette ouverte. J’avais pourtant bien vérifié que c’était pas le cas (on a les bonnes résolutions qu’on mérite). En fait, je suis au moins aussi surpris qu’elle… Il faut dire que 5 minutes plus tôt, elle avait les cheveux deux fois plus courts, et quelques années de plus au compteur. Tandis que j’étais en train de me dire que les cosmétiques japonais faisaient des miracles, elle m’explique qu’elle est la cadette de la famille, donc la petite sœur de la fille que je connais. « On dit souvent que je ressemble à ma grande sœur »… Sans blague.
Peu après, je comprends pourquoi j’ai jamais entendu parler de la petite sœur : apparemment, la demoiselle sait se faire discrète (pour ne pas dire furtive). Moins de 10 minutes après être entrée dans la maison, elle repart en coup de vent.
Venons-en à l’essentiel : le petit déjeuner. La star du repas est le « shoku-pan », un genre de pain de mie. Avant de faire le voyage, j’ai entendu dire beaucoup de mal du pain japonais. Enfin l’occasion de voir de quoi il en retourne. Au final, il s’avère que c’est gustativement très correct, bien que la texture soit un peu dure et caoutchouteuse (obligation de tirer ardemment pour détacher un morceau de pain)… Je serai nettement moins élogieux au sujet du beurre qui souille accompagne la tranche de pain : ce que les Japonais appellent « beurre » correspond à une chose ressemblant à la margarine, en beaucoup moins bon. Alors quand on sait qu’il y a aussi un produit s’appelant « margarine » au Japon, ça fait froid dans le dos…
Pour accompagner un peu plus dignement le pain, il y a aussi une confiture de myrtille, d’assez bonne facture. Au niveau de la boisson, j’opte pour un jus de raisin. Un grand cru qui semble avoir longuement vieilli en fût de carton, à l’intérieur du frigo. Je m’efforce de boire le truc le plus vite possible, sans penser au puissant goût de médicament qu’il me laisse dans le gosier. Je sais pas ce que ça vaut sur le plan nutritif, mais en tous cas il y a un effet énergisant indéniable : quand on m’a proposé un autre verre, j’ai soudainement eu envie de détaler à toutes jambes…
